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Interview

Arnaud Boulay (SK 1997) : « Un serial entrepreneur des nouvelles technologies »

08 juin 2020

Aujourd’hui expatrié à Singapour, Arnaud Boulay est un véritable « serial entrepreneur ». Il revient sur son parcours en tant que créateur d’entreprises et conseiller auprès de startups sur le marché asiatique, et partage avec nous son point de vue sur la crise sanitaire mondiale. 

Pouvez-vous nous présenter votre parcours académique et professionnel ?

Je suis diplômé d'un MSc en Management de SKEMA, promo 97, spécialisation Finance. Je suis établi à Singapour depuis 6 ans, après 18 années de vie à l'étranger, au Maroc et en Polynésie Française.

J'ai plus de 20 ans de vie active dans les métiers des TIC (Technologies de l'Information et de la Communication) et autant d'expériences qui m'ont amené à travailler dans des fonctions de manager ou de dirigeant dans différents secteurs tels que les télécoms, la communication, le web et plus récemment les objets connectés (IoT) et la FinTech.

Je suis passionné par la résolution de problèmes dans des environnements en évolution rapide et à forte croissance. Je m'intéresse particulièrement à l'innovation de rupture (disruptive innovation) mais aussi à la capacité qu'ont certaines entreprises à créer une forte différenciation.

J'ai commencé ma carrière au Maroc en tant que contrôleur de gestion dans le cadre d'un VIE car je pensais nécessaire d'être exposé à tous les départements d'une entreprise le plus tôt possible en vue de ma future vie d'entrepreneur. J’ai ensuite rejoint la startup française Parrot en tant que Directeur Commercial (c'est aujourd’hui un des leaders mondiaux périphériques pour téléphones mobiles).

Fort de cette expérience, j'ai commencé à investir dans des projets et à co-fonder des entreprises. J'en ai ainsi co-fondé 5 : tout d'abord un opérateur régional de téléphonie mobile (2006), puis 3 entreprises spécialisées dans la communication (Eurêkom et Impact Media en 2007, Qweeq en 2010) et enfin une startup spécialisée dans la data analytics, Einsights, en 2012. 

J'ai ensuite commencé à conseiller des startups, notamment dans le cadre de l'accélérateur TAG.PASS, soutenu et financé par le gouvernement singapourien. Dans ce rôle, j'ai encadré des startups et des entrepreneurs basés à Singapour et spécialisés dans le commerce électronique, l'IoT et la data analytics. Partager mon expérience et expertise avec de jeunes entrepreneurs me permet d'alimenter ma réflexion et d'appliquer des bonnes pratiques d'une industrie à une autre. 

L'opportunité s'est alors présentée de rejoindre la société bretonne Kerlink, l'un des pionniers et leaders d'une technologie pour les objets connectés (Internet des Objets) et connue sous le nom de LoRa™.

La vie d'entrepreneur n'est pas un long fleuve tranquille mais j'ai fini par remarquer qu'il y avait une constante dans mes expériences. J'ai souvent cherché à créer un pont entre le monde physique et le monde numérique. Avec un brevet d'invention tout d'abord, déposé en 2008, permettant de répertorier l'inventaire de produits vendus en magasin en temps réel, puis avec le développement d'une application à base de reconnaissance visuelle et de réalité augmentée, i.Media, une sorte de raccourci entre les médias traditionnels (TV, Presse et affichage) et le Web. Plus récemment, ce sont les mondes de l'IoT et de la Fintech qui ont le mieux assouvi cette quête personnelle.

Aujourd'hui, je joue donc un rôle non exécutif au sein des sociétés que j'ai co-fondées et je conseille des startups sur leur stratégie de développement (modèles économiques, go-to-market, processes et alignement des équipes).

Je suis ouvert aux opportunités qui me permettraient d'adresser des problèmes que ma seule expertise ne suffirait pas à résoudre. Je suis en quête de sens, c'est sans doute le passage de milieu de vie qui veut cela ! Je suis en recherche permanente de solutions qui permettraient d'utiliser l'effet de levier qu'offrent les nouvelles technologies, notamment sur le plan humain ou environnemental.

 

Dans quelles circonstances vous êtes-vous expatrié à Singapour ?

En 2012, nous avons eu pour projet familial de nous installer à Singapour car la cité-Etat remplissait parfaitement nos critères personnels et professionnels.

À titre familial, il s'agissait d'offrir une plus grande ouverture culturelle à nos enfants et de leur donner la possibilité de pratiquer plusieurs langues. Singapour offre un cadre de vie idéal. Il y fait beau toute l'année, la ville est particulièrement bien architecturée, on ne ressent pas la forte densité de population, et les espaces verts sont omniprésents. 

À titre professionnel, c'était le début d'une nouvelle aventure avec la création de l’entreprise Einsights, une plateforme d'aide à la décision (Data Analytics) permettant aux entreprises d'effectuer des requêtes en langage naturel et ainsi obtenir, sous forme graphique ou chiffrée, des indicateurs issus de l'ensemble de leurs départements (ERP, GRC, marketing, etc.). Une sorte de Google Search appliqué à l'entreprise. L'entreprise est toujours en activité mais a pivoté en créant de nouveaux services.

 

Pourquoi avoir choisi d’intégrer SKEMA ?

J'ai rejoint SKEMA avec l'idée de monter un jour ma propre entreprise. J'ai grandi dans une famille d'entrepreneurs de père en fils. Mes parents, aujourd'hui retraités, étaient associés et nous vivions l'entreprise au quotidien puisque notre maison était véritablement attenante au commerce et à l'atelier de production. Cela a inévitablement eu un impact sur mon éducation.

Le choix de rentrer à SKEMA n'était pas le fruit du hasard car l'école avait initié la construction de son nouveau campus pour se retrouver en plein cœur du nouveau quartier d'affaires Euralille, lui-même situé au cœur de la ville de Lille. La métropole lilloise bénéficiant d'un tissu économique particulièrement dynamique et étant stratégiquement positionnée au cœur du triangle Londres- Paris-Bruxelles, je me suis dit que SKEMA était un choix d'avenir car le bassin économique est déterminant. C'est d'ailleurs ce que l'on constate dans l'écosystème qui a fait le succès de la Silicon Valley.

Je ne le regrette pas, compte tenu de l'évolution de l'école qui ne cesse d'être reconnue bien au-delà de l'Europe, résultat d'un excellent positionnement et d'une stratégie disruptive de développement élaborée par l'équipe dirigeante de SKEMA. Je salue au passage Alice Guilhon et toute son équipe pour cette remarquable exécution.

 

Quels ont été les moments forts de votre formation à SKEMA ?

J'ai le sentiment d'avoir passé 3 années de moments forts et je garde un excellent souvenir de ma vie étudiante. Tout d'abord parce que j'y ai rencontré ma future épouse sur les bancs de l'école, mais aussi parce qu’au-delà de la formation académique, ma vie associative en tant que Président du Bureau des Sports m'a permis d'établir de belles amitiés qui perdurent malgré le temps et la distance qui nous séparent.

 

Vous avez donc gardé des liens avec le réseau SKEMA aujourd’hui?

J'ai en effet gardé des liens avec de nombreuses personnes de SKEMA. Les réseaux sociaux sont d'une grande aide à ce niveau-là. C'est amusant de voir l'évolution de chacun.

Je suis un membre actif du chapter SKEMA Alumni à Singapour. Il est important de développer et d'entretenir son réseau, y compris de façon totalement désintéressée. C'est une manière de rester en contact avec la vie de l'école, et de rencontrer de nouvelles personnes. C'est aussi le moyen d'échanger, de partager, parfois de donner des conseils, et d'être une sorte de mentor.

Nous organisons une rencontre mensuelle, relativement informelle, ainsi que quatre grandes rencontres sur des thématiques précises durant l'année. Nous avons par ailleurs des rencontres sportives. Ce sont de beaux moments de partage.

 

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes diplômés de SKEMA ?

Je pense que les étudiants qui s'investissent dans la vie associative de l'école ont la chance de pouvoir se forger une expérience intéressante sans prendre véritablement de risques. C'est une opportunité qu'il faut saisir de mon point de vue. Par ailleurs, il me semble indispensable de s'intéresser à tout, d'être curieux et d'oser. Nous sommes désormais des apprenants tout au long de notre vie.

 

Sur le plan professionnel, quels enseignements tirez-vous de la crise sanitaire actuelle ?

En temps de crise, on peut avoir deux types de réactions : exploiter au maximum l'existant et/ou faire un pivot en explorant des relais de croissance.

Je pense que les entreprises qui résisteront le mieux à la crise sont celles qui savent se ré-inventer, en s'adaptant aux changements de leur environnement. Il est important d'optimiser l'existant, car cela demande peu d'efforts et que l'on connaît parfaitement son marché ; il est tout autant vital d'explorer de nouvelles opportunités car elles représentent un relais de croissance et un visa pour la pérennité de l'organisation.

Dans ce contexte, la dimension globale est une force. L'agilité, la créativité et les pratiques de travail sont d'autres atouts qui permettent aux organisations les mieux préparées de traverser la tempête et de garder un niveau de productivité qui ne remet pas en cause leur existence.

Si l'on prend l'exemple de SKEMA, l'école est, avec ses 7 campus, un laboratoire grandeur nature de notre monde globalisé. SKEMA offre l'ensemble de son programme pédagogique en ligne et ce sur 5 continents, ce qui constitue une bonne alternative lorsqu'il n'est plus possible de se déplacer. L'école vit avec son temps et semble bien anticiper les évolutions de notre société avec une vision stratégique et probablement un processus de planification long terme de scénarios.

Ce scénario-planning est précisément ce que je recommande de faire. Si l'on ne peut pas tout anticiper, on peut au moins poser des hypothèses et réfléchir à ce que nous ferions si tel ou tel événement venait à se produire. Singapour fait partie des bons élèves en la matière. Le pays a pris les mesures nécessaires pour que la pandémie de Covid-19 n'affecte ni ses concitoyens, ni l'économie et cela fonctionne admirablement bien.

Je pense que cette crise aura au moins quelques effets vertueux, notamment d’accélérer l'adoption des technologies dans le monde de l'éducation et du travail. Le deuxième effet, espérons-le, sera la prise de conscience de notre empreinte carbone sur la santé de la planète. 

 

Contact : Arnaud Boulay (SK 1997) - Arnaud est aussi partenaire de l'association Time for Planet pour en savoir plus sur cette association

Propos recueillis par lepetitjournal.com pour SKEMA Alumni

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