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Hélène Piquion (SK 1996), de la Finance de marché à la Foodtech

09 septembre 2019

Après presque 20 ans à collaborer avec des fonds alternatifs et banques d’affaires, Hélène Piquion a investi le secteur londonien de la livraison de repas à domicile avec sa societé Ratatouïe. Son objectif : réconcilier fait-maison et pratique en développant, produisant et livrant des repas sains, bio et frais dédiés à la famille. 

 

Votre carrière tourne autour de la finance et de la restauration, deux secteurs pourtant opposés. Racontez-nous !

Très différents mais qui ont toujours été mes deux passions. Lorsque j’ai obtenu mon Master en Management, en 1996, les débouchés en France pour les diplômés d’écoles de commerce n’étaient pas très séduisants. Grâce à SKEMA, j’avais eu la chance de faire ma troisième année à l’University of Manchester et d’y décrocher un double Master en comptabilité et finance. J’ai donc décidé de débuter ma carrière dans la City à Londres.

Après 6 ans de collaboration en Sales et Client Relationship Management avec différents fonds alternatifs et banques d’affaires, comme Goldman Sachs ou le Crédit Suisse, j’ai voulu rentrer en France. C’est là-bas que j’ai commencé à nourrir ma seconde passion.

Une fois installée dans le Luberon, j’ai monté Hélène’s Kitchen : j’offrais mes services de chef à domicile, essentiellement aux touristes étrangers qui louaient des villas dans la région. Mes compétences dans l’art du relationnel client, ma passion pour la cuisine de ma région et mon bilinguisme ont assuré le succès de ce projet.

Deux ans plus tard, j’ai dû l’abandonner pour des motifs personnels et je suis retournée à Londres où j’ai eu le privilège de retrouver mon poste chez Goldman Sachs. J’y suis restée cette fois près de 10 ans en Client Relationship Management d’abord, puis Project Management/Product Development en Synthetic Prime Brokerage. Malheureusement à mon retour de congés maternité, le métier offert ne correspondait plus à ma « nouvelle » vie familiale, en tant que mère célibataire par choix.

 

C’est là que vous êtes retombée dans la marmite…

Depuis Helene’s Kitchen, je n’avais jamais perdu l’envie de relancer un projet. C’est lorsque je préparais, après une longue journée au bureau, les petites purées pour ma fille que j’ai pensé au concept de livraison à domicile de repas pour bébés. J’ai donc fondé Ratatouïe en mai 2017, préparant et livrant localement des repas bios et sains pour bébés. Mais pour que l’entreprise soit viable - vu le faible prix unitaire - il fallait en faire des millions. Or qui dit millions, dit industrialisation, et donc l’opposé de ce que je cherchais : quelque chose de sain, équilibré et fait maison. Comme mes clients s’avéraient demandeurs de repas pour le reste de leur famille, j’ai donc pivoté vers une gamme de plats frais, équilibrés pour toute la famille, nourrissants, riches en légumes… que les enfants ont tout autant envie de manger que leurs parents ! Mon objectif : réconcilier le "fait maison" avec le côté pratique, simplifier le bien manger et délicieusement résoudre l’inexorable question du “qu’est ce qu’on mange ?” pour nombre de parents. La dimension environnementale de Ratatouïe est intrinsèque au projet avec nos packaging en verre consignables ou bois et papier, nos menus saisonniers et nos circuits courts d’approvisionnement bio.

Aujourd’hui, avec plus de 250 clients fidèles et près de 15 000 repas produits et livrés, il s’agit de changer d’échelle et d’investir dans l’équipe et l’infrastructure pour répondre a la demande croissante. Le pitch deck est enfin prêt et j’ai lancé ma campagne de financement, y compris du crowdfunding. A terme, je veux faire de Ratatouïe le one-stop-shop des repas, lunch box, et snacks équilibrés et frais pour toute la famille. En parallèle, je souhaite proposer des podcasts et du contenu éditorial autour de l’éducation au goût. Les enjeux sont importants : il faut arriver à expliquer à l’enfant (et ses parents) les bienfaits de chaque aliment en se mettant à son niveau, en lui permettant de tester différentes saveurs et textures, en lui apprenant à dire ce qu’il aime. Je suis persuadée que savoir bien manger s’apprend. C’est au cœur de plusieurs enjeux de taille : notre santé physique et mentale, notre planète et la famille.

Qu’a apporté l’expatriation à votre parcours ?

Au niveau personnel, vivre à l’étranger m’a aidé à comprendre et accepter l’autre de façon ouverte et positive. C’est tellement enrichissant !

Au niveau professionnel, des perspectives énormes : on n’est jamais bloqué dans son avancement, indépendamment du diplôme. La méritocracie a tendance à régner et la réussite est a la portée de tous ceux qui souhaitent travailler (dur !) pour l’acquérir.

Pour monter une entreprise, l’environnement est non seulement plus intéressant financièrement mais aussi plus stimulant. Si je ne m’étais pas expatriée, je ne me serais peut-être pas sentie capable de refonder mon entreprise. La “résilience” et la curiosité liées à l’expatriation aident sans doute a rendre tout possible.

 

Vos études à SKEMA vous ont elles également aidées dans votre carrière ?

Lorsque j’étais à SKEMA dans les années 1990, c’était un gros avantage d’être dans l’une des rares écoles qui offraient la majeure partie des cours en anglais. Les accords avec d’autres universités étrangères représentaient aussi un bon tremplin pour commencer une carrière à l’international. Enfin, l’accès à SKEMA Ventures (incubateur de projets entrepreneuriaux auquel les alumni ont accès, ndlr) est extraordinaire. J’ai été accompagnée pour créer mon pitch, développer mon plan d’affaires, j’ai pu assister à des séminaires, le tout gratuitement. Quand le budget est serré et qu’on a peu d’expérience dans le domaine de la levée de fonds, c’est vraiment très précieux.

 

Suivez les aventures de Ratatouïe !
www.ratatouie.co.uk
Soutenez sa campagne crowdfunding (à venir)

Propos recueillis par Soraya Ben Aziza (lepetitjournal.com) pour SKEMA Alumni

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