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Les « bullshits jobs » : un concept à la c… ?

12 novembre 2019

L’expression fait fureur, après la diffusion du Livre de David Graeber en 2013. Elle s’est imposée en quelques temps comme représentative de notre monde du travail, tel une formule choc de notre société. Il n’existe pas de véritable définition des « bullshits jobs », mais on comprend que le terme décrit ces emplois qui ne présentent pas d’intérêt, qui n’ont pas d’utilité, qui n’auraient pas de sens.

Un concept élitiste ?

En y regardant de plus près, on s’aperçoit que les « bullshits jobs » s’appliquent essentiellement aux emplois de bureau, à ces postes perdus dans les arcanes des grandes organisations et de leurs processus, avec assez souvent une omniprésence du travail sédentaire sur ordinateur. En vérité, ils décrivent des emplois qualifiés, voire très qualifiés, à forte composante intellectuelle, et abstraite.
Qui occupe ces « bullshits jobs » ?  On y trouve très largement les diplômés des grandes écoles et universités, candidats les plus attirés par les défis d’abstraction et avec une grande capacité de travail. C’est donc un concept élitiste. Car que n’avons-nous en effet depuis longtemps étiqueté de la même expression les emplois très peu qualifiés, parfois peu gratifiants, comme le ménage ou le gardiennage ? Peut-être par respect pour les personnes qui les occupent : l’expression aurait pu paraître dégradante. Mais aussi probablement parce que nous avons tous besoin de propreté ou de sécurité, et que l’utilité de ses métiers nous semble évidente !

Les « job à la c… » n’existent pas !

Ainsi, ce qui me paraît essentiel - au-delà de l’expression provocatrice - est de reconnaître que ces « bullshits jobs » sont occupés par des personnes qui ont le choix. En effet, il est vain de se lamenter de faire un travail sans intérêt et qui n’a pas de sens, quand après de longues années d’études, on n’a pas eu le courage de se poser les bonnes questions sur ce que l’on voulait faire de sa vie professionnelle, et avec son travail. Allons plus loin : de quel droit en effet pouvons-nous attribuer un qualificatif de « travail à la con » sur la simple raison que celui-ci nous semble sans intérêt, sans utilité ? Il est par exemple tout à fait concevable qu’une personne puisse être motivée à consacrer ses journées à étudier les dossiers, à préparer des présentations pour des comités de direction de grandes entreprises. Si ce consultant exerce son goût de l’analyse, son sens du travail soigné, et son attirance pour les interactions avec des fonctions haut placées, sommes nous autorisés à généraliser son travail en « bullshit job » ?! Il n’existe donc pas de bullshit job, sauf à prendre un point de vue autocentré. Il n’y a de travail sans intérêt que celui occupé par une personne qui n’aura pas véritablement choisi son métier, pour s’être laissée porter par une voix toute tracée, sans se poser de questions.

Choisir est un devoir !

L’expression « bullshits jobs » nous détourne d’un véritable enjeu de société. Lorsque vous avez eu la capacité de suivre des études longues, vous ne pouvez plus aujourd’hui vous lamenter sur un travail qui serait sans intérêt, voire déconsidérer le monde du travail d’un revers quand d’autres n’ont aucun choix. Chaque diplômé, au delà de ses acquis académiques, est appelé à orienter ses talents, et donc sa carrière, vers un métier dans lequel il se sentira vraiment utile, impactant, à sa place. Notre époque a besoin que les plus diplômés consacrent leurs talents et leurs compétences à des métiers dans lesquels ils se reconnaissent, ont le sentiment d’être utiles, voire de servir ce à quoi ils croient. Choisir sa voie professionnelle devient un devoir envers soi.

 

Laurent Polet, professeur en management à CentraleSupélec et co-fondateur de Primaveras, l’Ecole des choix professionnels pour développer les capacités à entreprendre sa carrière avec plus de sens.

SKEMA Alumni est partenaire du Réseau Primaveras, association Loi 1901 fondée par deux professeurs de CentraleSupélec, qui prône la liberté de choisir sa vie professionnelle pour mettre ses talents au service d’une carrière utile dans un monde en pleine mutation. Primaveras développe une méthode certifiante dans des programmes associatifs et éligibles au CPF pour se reconvertir, quitter une voie toute tracée par son diplôme & choisir une carrière à impact positif. http://www.primaveras.fr

Le Réseau Primaveras animera à Paris un atelier Carrière le 19 novembre "Vous voulez changer de voie ? Venez balayer les idées reçues !" (informations et inscriptions ici), ainsi que 2 webinaires : l'un sur les profils atypiques le 15 janvier 2020 et l'autre en anglais, à propos de la reconversion professionnelle le 29 avril 2020. Retrouvez toutes les informations et inscriptions dans la rubrique Agenda.

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