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Reconversion et formation : l'erreur des plus diplômés

18 septembre 2019

La reconversion est un sujet à la mode. De nombreux cadres envisagent de se réorienter, de changer de métier pour redonner un sens nouveau à leur vie professionnelle. La presse illustre régulièrement ces « success stories » qui font rêver, tel ce trader qui s’est lancé dans l’artisanat ou l’exploitation d’un gite rural… Quelle est la réalité de ces bifurcations des plus diplômés ?

En matière de reconversion, les cadres que je rencontre imaginent souvent que ces étapes de renouveau se déroulent au travers d’une formation, afin d’acquérir des compétences manquantes, et de se former à un nouveau métier, pour être légitime dans une reconversion.

La formation comme un réflexe pour se reconvertir

Se former est un réflexe parfaitement compréhensible pour des personnes qui ont très largement profité de leur niveau académique pour construire leur évolution de carrière, comme leur réussite professionnelle. Mais c’est une erreur s’agissant de la question de la reconversion vers un nouveau métier. Voici les deux raisons :
La première est qu’une formation n’est pas un préalable pour évoluer vers un nouveau métier, notamment pour des personnes qui disposent d’un large capital de compétences et d’expérience. En effet, les plus diplômés n’ont souvent pas conscience de l’étendue des aptitudes, des savoir-faire ou des savoir-être qu’ils ont mobilisés au cours de leur vie professionnelle. Elles peuvent très largement servir de pivot pour bâtir une nouvelle orientation sans avoir à en acquérir de nouvelles. C’est ce qu’on appelle communément les compétences transférables, qui constituent un socle de plus en plus significatif des compétences des métiers dits « qualifiés ».

La formation n’est pas un pré-requis à la reconversion

La deuxième raison est qu’un diplôme ne suffit pas à construire un projet professionnel. La recherche d’une formation complémentaire sur un CV va très souvent permettre de se rassurer par l’acquisition d’un titre professionnel. Mais choisir d’engager une formation vers un nouveau métier suppose d’avoir clairement identifié ses besoins de compétences nouvelles et le contexte professionnel recherché. Cela suppose aussi et surtout d’avoir mené une réflexion en profondeur sur ses nouvelles motivations au travail : valeurs, centres d’intérêt, mode ou environnemental de travail…
En l’occurrence, les études sur les bifurcations professionnelles démontrent que la part des « reconvertis » qui ont suivi une formation significative pour aller vers un nouveau métier est relativement marginale. Certes, un besoin d’acquisition de savoirs ponctuels peut être nécessaire pour s’approprier une connaissance sectorielle ou technique, mais ce n’est nullement une condition indispensable, en tout cas préalable.

Se reconvertir sans formation, c’est possible !

Un exemple : j’entends beaucoup de cadres sensibles aux enjeux écologiques vouloir se réorienter vers le développement durable et chercher à s’inscrire dans une formation sur ces thématiques. L’intention est tout à fait respectable mais le développement durable ne fait pas un métier, encore moins un projet professionnel, et un diplôme ne doit pas occulter toutes les aptitudes acquises et remobilisables par exemple dans des fonctions supports : capacité à gérer un projet multi acteurs, sens de la négociation ou tempérament porté à la médiation, …
Car les diplômés, notamment les plus expérimentés, disposent d’un capital de compétences qui ouvre un large champ des possibles pour aller vers de nouveaux horizons professionnels. Ce potentiel leur permet de ne pas réduire leur avenir à l’obtention d’un nouveau diplôme. Cependant, ce potentiel exige de mener un travail en profondeur sur ses motivations et décrypter ses critères de choix vers une nouvelle étape professionnelle, que celle-ci conduise à un virage majeur ou à un léger repositionnement de carrière. Cette démarche est plus exigeante, car moins confortable, mais c’est celle qui apportera le plus de garantie sur la réussite de sa reconversion !

SKEMA Alumni est partenaire du Réseau Primaveras, association Loi 1901 fondée par deux professeurs de CentraleSupélec, qui prône la liberté de choisir sa vie professionnelle pour mettre ses talents au service d’une carrière utile dans un monde en pleine mutation. Le Réseau Primaveras propose aussi des programmes pour aider les diplômés à savoir redonner un sens choisi à leur carrière, qu’ils soient en recherche d’emploi ou en poste. Voir www.lereseauprimaveras.fr.

Laurent Pollet, professeur en management à CentraleSupélec et co-fondateur de Primaveras, l’Ecole des choix professionnels pour développer les capacités à entreprendre sa carrière avec plus de sens, partage ce mois-ci avec le réseau SKEMA Alumni son regard sur la nécessité souvent fantasmée d'une reprise de formation dans le cadre d'une reconversion.

Le Réseau Primaveras animera à Paris un atelier Carrière le 19 novembre "Donner du sens à sa carrière" (informations et inscriptions ici), ainsi que 2 webinaires : l'un sur les profils atypiques le 15 janvier 2020 et l'autre en anglais, à propos de la reconversion professionnelle le 29 avril 2020. Retrouvez toutes les informations et inscriptions dans la rubrique Agenda.

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