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Interview

Rencontre avec Anne-Sophie Fontaine (SKEMA 1988) Chief Sustainable Officer & Corporate Communication chez Bonduelle

17 mai 2021

Bonjour Anne-Sophie,

Nous sommes très heureux d’échanger avec vous sur l'avenir du développement durable au sein d’entreprises industrielles telles que Bonduelle. Vous êtes responsable de la communication et de la RSE du groupe Bonduelle depuis 3 an, un engagement qui résonne fortement avec l'actualité. Cet entretien intervient à la suite d’un évènement auquel vous avez participé : le SKEMA Social Ventures Summit, organisé par SKEMA Ventures. Vous étiez présente à une table ronde avec Christophe Rupp Dahlem du groupe Roquette sur le thème de la RSE au cœur de la stratégie des entreprises


Pouvez-vous commencer par nous parler de vous et de votre parcours depuis SKEMA ?

J’ai eu la chance de faire beaucoup de choses dans ma carrière. J’ai commencé dans le marketing dans les années 90 et j’ai ensuite évolué dans des entreprises de grande consommation ou j’ai accompagné le développement des marques dans le circuit de la grande distribution pendant une trentaine d’années. J’ai travaillé dans le marketing mais aussi dans le commercial en France et en Belgique. J’ai un parcours atypique car à 40 ans, j’ai repris mes études pour faire un Master en ressources humaines à HEC. J’avais envie d’être DRH, ce que j’ai fait pendant 4 ans avant de prendre la responsabilité de business units chez Mc Cain chez qui je suis restée une vingtaine d’années. Aujourd’hui, je suis en charge de la RSE et de la communication corporate chez Bonduelle depuis 3 ans. Je profite d’ailleurs de cette interview pour remercier SKEMA Business School qui m’a donné l’ouverture d’esprit nécessaire pour occuper des postes très différents.


Quelle est votre vision de la RSE aujourd’hui ?

Dans l’industrie alimentaire, nous vivons actuellement une période très intéressante où les consommateurs nous demandent d’aller vers une consommation durable et responsable. Les entreprises ont commencé à créer des postes RSE il y a de cela 10 ans, et j’espère sincèrement que bientôt on ne parlera plus de « RSE dans l’entreprise » car elle sera devenue une composante de chaque fonction de l’entreprise, qu’il s’agisse des finances, des RH, du marketing, etc. La RSE doit faire partie intégrante de la stratégie des entreprises (ce qui commence déjà à être le cas). Je pense que de façon générale tous ces sujets vont passer de l’extérieur de l’entreprise à l’intérieur et vont permettre aux départements RSE de mourir pour mieux renaître. Cette évolution est en cours mais bien évidemment il y des niveaux de maturité que l’on doit atteindre. Nous avons encore besoin de travailler sur la prise de conscience du rôle des entreprises sur ce sujet. Nous, industriels, avons un rôle très important à jouer, les ONG et les associations ne pourront pas continuer à mener ce changement toutes seules. Nous allons devoir travailler tous ensemble.


Depuis quand la RSE s’est-elle formalisée chez Bonduelle ?

Dans les années 90, Bonduelle écrivait déjà ses premières chartes agronomiques. Donc bien avant qu’on ne parle de la RSE, les prémices chez Bonduelle étaient déjà établies avec des cahiers des charges, des réflexions sur l’accompagnement des agriculteurs, etc. Nous étions déjà très en avance. On travaillait déjà avec les scientifiques pour imaginer comment on allait pouvoir maintenir la santé des sols et préserver la planète. Ce qui a changé récemment, c’est le nombre d’acteurs : les financiers s’intéressent à tous les indicateurs extra-financiers, les consommateurs veulent savoir ce qui se passe derrière les marques et les produits, le marketing surveille de près ces questions. Au sein du département RSE, nous sommes un peu les gardiens du temple car une politique de développement durable n’a de sens que si elle est portée par les actionnaires et l’entreprise et qu’elle est vraiment inscrite dans la stratégie. Nous avons aussi une obligation de transparence et de mesure avec des indicateurs très importants. On constate aujourd’hui une forme d’accélération donc il va falloir définir quelques grands objectifs pour les mesurer, les suivre etc. Cela va obliger toutes les organisations à changer leur approche. Chez Bonduelle, c’est un peu plus simple car cela fait déjà partie de notre ADN. La démarche est importante, c’est un domaine dans lequel on se doit d’être très vrai et très authentique. Nous sommes dans une logique de prise de conscience d’abord, et ensuite on définit des jalons sur du long terme ; quand on parle de bilan carbone, par exemple, on se projette à 2050.


Quels sont les objectifs de Bonduelle en matière de RSE ?

Tout démarre par la stratégie du groupe et sa raison d’être que nous avons reformulée récemment : « Chez Bonduelle, nous inspirons la transition vers l’alimentation végétale pour le bien-être de l’homme et la préservation de la planète ». Nous avons 3 piliers : Food, People, Planet et notre politique RSE est organisée autour de ces 3 axes. Nous avons bien sûr le food, la volonté d’être un acteur qui va permettre aux personnes d’adopter plus facilement ce nécessaire changement d’alimentation. Nous cherchons à développer les régimes flexitariens avec des programmes, des services, une éducation et une nouvelle offre. L’axe planet s’inscrit autour de deux grands objectifs : nous accompagnons le monde agricole sur de l’agriculture régénérative, c’est-à-dire différentes méthodes qui permettent de faire surtout appel à la nature elle-même pour préserver les sols. Nous avons aussi bien sûr un objectif de neutralité carbone à 2050 et aussi un objectif de réduction de l’utilisation du plastique et d’adoption de packagings 100% recyclables. Sur les people, nous accompagnons nos collaborateurs dans cette transition vers une alimentation végétale. Ces 3 axes sont notre feuille de route dans toutes les zones d’implantation du groupe : Europe, Amérique du Nord et Russie.


Pourriez-vous citer des exemples concrets illustrant la démarche RSE de Bonduelle ?

Au niveau de l’agriculture, nous avons pour objectif que d’ici 2030, 80 % de nos agriculteurs travaillent sur des programmes d’agriculture régénérative (à l’heure actuelle ce chiffre est de 45 %). Nos packagings sont à déjà recyclables ou réutilisables à 94 %, il nous reste donc les derniers 6 % les plus difficiles. Et par ailleurs, 100 % de nos employés suivent des formations tous les ans sur des sujets RSE.


Depuis la mise en place de ces démarches, avez-vous constaté des changements positifs et inattendus dans des domaines qui n’étaient pas explicitement visés par la démarche RSE ?

Oui. Par exemple, chez Bonduelle, 10 % de notre énergie est renouvelable car depuis des années nous surveillons notre consommation d’énergie de façon assez détaillée, et nous réalisons des bilans carbone très précis qui nous ont permis de fixer des objectifs de réduction des émissions. Nous nous sommes donc bien améliorés sur ces indicateurs-là. Nous nous sommes bien sûr fixés pour objectif de proposer des recettes traiteur à 100 % saines et sans additif. Ce sont des éléments concrets dans l’entreprise. Toutes nos équipes travaillent au day-to-day pour améliorer l’agenda RSE de l’entreprise.  


Quels sont les domaines de la RSE que vous souhaitez développer chez Bonduelle dans les prochaines années ?

À titre personnel, je pense que le rôle d’une entreprise comme Bonduelle est d’accompagner la transition nécessaire vers une alimentation plus durable. Nous avons un rôle à jouer pour repenser les chaînes de valeur entre les industriels, les distributeurs et le monde agricole, car la répartition de la valeur entre ces 3 acteurs a longtemps fonctionné sur la base d’un certain modèle qui est aujourd’hui à bout de souffle. Il faut à la fois mieux consommer et mieux répartir la valeur entre les différents acteurs. Et le deuxième sujet c’est l’éducation à l’alimentation. L’alimentation est quelque chose qui devrait s’apprendre à l’école et être accessible à tous.


En quoi, selon vous, la crise sanitaire a-t-elle eu un impact sur la RSE dans les entreprises ?

Cette pandémie a mis en exergue tous ces sujets que l’on regardait de loin avant : l’environnement, le climat, etc. Le côté positif c’est que le sujet de la RSE va devenir un enjeu prioritaire dans beaucoup d’entreprises. Le côté négatif c’est qu’avec la crise sanitaire, nous vivons aussi une crise économique importante et que pour mener à bien une politique RSE il faut investir. Je ne suis pas certaine que la RSE fera partie des premiers choix en termes d’investissement. Seuls les vrais convaincus vont continuer à avancer.


Est-ce que vous avez pris des habitudes « RSE » dans votre vie professionnelle ?

Oui clairement ! Le « bien manger » prend aujourd’hui tout son sens, et nous avons un rôle à jouer. Ce « bien manger », nous devons le rendre accessible à tous. C’est d’ailleurs la vocation de la fondation « Louis Bonduelle » : accompagner les changements d’habitudes alimentaires. Ce qui est vraiment formidable avec tous ces sujets RSE, c’est qu’ils sont devenus des éléments de motivation et de fierté pour les collaborateurs, particulièrement depuis le premier confinement. Nous avons vu depuis mars 2020 éclore plusieurs initiatives locales comme des dons de produits, le prêt d’équipements vestimentaires aux personnels soignants, etc. Une magnifique solidarité est née depuis un an dans notre communauté. Dès que nous proposons des initiatives aux collaborateurs sur les sujets RSE, nous voyons apparaître des moutons autour des usines, des potagers sur les sites, etc. C’est génial et enthousiasmant ! La RSE est un sujet porteur de sens et mobilisateur pour nos employés. L’avenir de Bonduelle et de nos sociétés en général est lié à notre capacité à prendre en compte avec de plus en plus de justesse l’impact de nos activités sur nos environnements naturel et humain. De nouvelles pratiques en faveur du développement durable et de la RSE sont en train d’émerger dans nos entreprises, et nous devons faire en sorte que cela perdure pour les générations futures.


Contact :
 Anne-Sophie Fontaine, Chief Sustainable Officer & Corporate Communication chez Bonduelle

 

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